Journal mural

Pour le Wepli, nous avons pondu un journal mural sur l’ief !

Le voici :

Vous voulez l’afficher chez vous et participer à la diffusion de ce journal mural ? Cliquez-donc. NB : il y a une banderole à afficher avant :

L’école n’est pas obligatoire !

Seule l’instruction l’est. Pour l’instant.

On vous l’a dit, répété, devant votre bol de Nesquick, quand vous ronchonniez à l’idée d’aller faire votre dictée de mots de bon matin « Écoute chaton, l’école ce n’est pas drôle, mais c’est obligatoire, c’est comme ça. Dépêche-toi d’aller te laver les dents, tu ne voudrais pas être en retard. »

Sauf que c’est faux. Oui je sais c’est aussi dur à avaler que le sus-nommé Nesquick, mais c’est faux. Seule l’instruction est obligatoire.

Et la nuance est importante. Elle signifie que l’instruction peut être dispensée où ou veut, par qui on veut, quand on veut. Le plus souvent, c’est l’école. Mais pas obligatoirement donc. C’est un choix, libre. Cette liberté est garantie par des textes plutôt fondamentaux : La Déclaration universelle des droits de l’homme, Les Droits de l’enfant, Le Code de l’éducation, Le préambule de La Constitution.

Pourquoi donc ? Pour éviter le totalitarisme : si l’école de la république devient obligatoire et le seul mode d’instruction, les enfants sont entièrement et obligatoirement soumis à l’État. Le rôle de ces textes est justement de nous protéger contre les glissements totalitaires.

50 000 familles en France ont aujourd’hui choisi de sortir du chemin des écoliers, et de pratiquer l’instruction en famille, ou ief, pour leurs enfants. Le phénomène prend de l’ampleur, même s’il reste marginal, boosté par l’obligation d’instruction à partir de 3 ans et par la pandémie.

Loin d’être seulement un marronnier de la rentrée scolaire pour des journalistes qui cherchent un angle qui change du poids des cartables, elles sont un vivier d’innovations pédagogiques, et bousculent souvent les certitudes des élèves et anciens élèves que nous sommes tous.

Elles bousculent suffisamment pour que le président de la république annonce, dans son discours du 2 octobre 2020 sur les séparatismes, que l’instruction en famille va être interdite à la rentrée 2021, hors exception pour motif de santé et sport de haut niveau. 25 000 familles seront concernées par l’abrogation de la liberté d’instruction. Le but : protéger les enfants du radicalisme islamiste.

C’est peu dire que la sidération puis la panique s’est emparée des familles ief. Aucun terroriste de la dernière décennie n’a été instruit en famille. Aucun chiffres clairs sur les raisons de l’instruction en famille, et les recherches en cours qui montrent que les motifs religieux n’en sont qu’une part extrêmement infime, sans préciser quelle religion. Toute leur organisation familiale, leurs convictions ou même le choix de leur lieu de vie, sont balayés d’un revers de la main. Un licenciement, en pire.

La suppression de l’ief est bien sûr un projet de loi, qui doit être dûment voté, puis approuvé par la Cour constitutionnelle. Mais force est de constater que élus et citoyens nourrissent beaucoup de clichés autour de l’ief.

D’où ce journal mural.

Petits buissonniers, souriez, vous êtes filmés

Vous avez dis cliché ?

Et. La. Sociabilité ?!!!!

Cette phrase, cette question légitimement angoissée, les familles ief l’entendent à chaque fois qu’elles évoquent leur drôle de choix. L’école n’a pas le monopole de la sociabilité. Activités extra-scolaires, sorties au parc, vie de quartier, MJC, rencontres avec les autres familles ief (piscine, sorties nature, goûter, musée…) Les familles sont parfois placées devant une problématique bien plus importante : l’embarra du choix.

Pour juger de l’existence de la sociabilité pour le moins dynamique des enfants ief, les anniversaires sont un bon marqueur : rares sont les fêtes avec moins de 10 enfants. Et adultes. Parce que la sociabilité des enfants ief n’est pas limitée à 30 enfants du même âge 24 h par semaine, et une heure de récré par jour.

C’est quand même réservé à une élite sociale et/ou économique

C’est réservé à… Tout le monde. Sur le papier absolument n’importe qui peut déclarer ses enfants en instruction en famille, à n’importe quel moment.

Quand on lève ses yeux du papier, il est évident que c’est souvent un choix fait par des familles éduquées. Mais pas forcément des familles au tableau académique qui ploie sous le poids des réussites.

C’est bien sûr un choix qui a un impact sur l’économie familiale. L’ief s’envisage difficilement avec deux parents qui travaillent à plein temps. Mais elle ne s’envisage pas forcément à 0 % pour l’un, 100 % pour l’autre. Les familles ief inventent d’autres modèles : temps partiels, activités à domicile, enfants sur le lieu de travail, mise à contribution de l’entourage, modes de garde…

Les dépenses sont aussi différentes : moins de plats préparés (la cuisine est souvent un moment d’instruction capitale dans les familles ief), pas de liste de fournitures obligatoires à renouveler en majorité tous les ans, pas de cantine ou de garderie, une grande diversité de supports gratuits sur internet qui permettent d’éviter les achats de matériels pédagogiques, beaucoup moins d’influences des marques et des licences qui donne envie d’avoir La Reine des neiges / Cars sur son cartable…

Enseigner c’est un métier quand même

Effectivement, et ce n’est pas celui des parents qui instruisent leurs enfants. Enseigner à trente personnes, créer une dynamique de groupe, passionner tout le monde, évaluer, accompagner… C’est un métier (d’ailleurs exercé par de nombreux parents ief). Sauf que l’ief ce n’est pas ça. Il y a autant de façon de faire l’ief qu’il y a de familles. Il y a tout un panel d’approches, de « l’école à la maison » au « unscholling » complet (aucuns apprentissage formel, l’école de la vie), en passant par les méthodes alternatives et surtout par le bien connu « on fait notre truc, c’est un peu nawak, mais on rigole bien ».

Enseigner c’est donc bien un métier, instruire en famille en est un autre.

On ne va pas laisser des enfants dans la nature comme ça ! Ça va à l’encontre des droits de l’enfant !

On est bien d’accord ! L’ief n’est pas un choix fait contre l’école, mais pour les enfants. Le but poursuivi est donc le même.

Pour éviter toutes dérives (carence éducative, sectarisme, isolement…), les familles sont contrôlées. Tous les ans, un contrôle de l’inspection d’académie permet de vérifier que les moyens sont mis en œuvre pour que les enfants et jeunes instruits dans la famille puissent atteindre le socle commun de connaissances à l’issu de leur instruction obligatoire (3-16 ans en France). Tous les deux ans, c’est la mairie qui vient contrôler le milieu de vie de l’enfant, si l’instruction est effective, si tout va bien pour faire simple.

Ces rencontres, normalement au domicile des familles, peuvent être le lieu d’une discussion enrichissante de part et d’autre et peuvent permettre de dépasser des difficultés. Il est arrivé par exemple qu’une famille qui vient d’arriver dans un village et se trouve un peu isolée soit invitée à participer aux sorties et aux événements de l’école communale. Un bel exemple d’échange !

Il y a des pays européens – des démocraties sans problème – qui ont interdit l’ief et qui ne s’en portent pas plus mal.

Ils sont au nombre de trois : la Suède, l’Allemagne et l’Espagne.

Dans le cas de l’Espagne et de l’Allemagne, c’est sous Franco et Hitler que l’ief a été interdite. À priori pas les plus tolérants et compétents chefs d’état de l’histoire. Le but : que les enfants ne puissent pas échapper à l’état – normal dans un État totalitaire.

Le cas de la Suède pose aujourd’hui problème, voir l’encadré sur le port du masque obligatoire.

En Espagne, dans les faits, il y a une tolérance autour de l’ief, en particulier pour les familles expatriées.

L’Allemagne a été attaquée à la cour européenne des droits de l’homme, qui a jugé que la liberté d’instruction n’est pas violée, malgré l’interdiction. Pourquoi ? Les journées d’école sont beaucoup moins longues et les écoles alternatives sont nombreuses, abordables et financées à 83 % par l’État. Ce qui n’est absolument pas le cas en France.

Il y a des dérives quand même, c’est dangereux votre truc !

Oui il y a des dérives. L’ief ayant lieu en France, dans ce monde, au XXIe siècle, on y trouve les mêmes dérives que partout ailleurs, malheureusement. Il y a des cas de radicalisations, mais elles sont exceptionnelles, comme le signal le ministère lui-même et les chercheurs. De même qu’il existe des personnes radicalisées à l’école, en entreprises, dans les lieux de cultes, dans les partis politiques…

Les dérives – inadmissibles néanmoins – des uns, doivent-elles justifier l’abrogation de cette liberté pour tous ? Interdisons donc l’école, qui est le lieu du harcèlement scolaire, où sont instruits les terroristes et où on sert des endives cuites à la cantine.

Les Nanas à la maison pour s’occuper des mômes toute la journée ! Quel sexisme !

Qui a dit que seules les femmes devaient être les responsables de l’instruction ? C’est avant tout un choix familial, qui implique toute la famille.

Nous vivons dans une société où le sexisme est systémique. Les femmes sont moins payées à niveau et à temps de travail égal. Aussi, quand il s’agit de réduire son temps de travail, le choix familial est souvent que ce soit la mère qui le fasse. Mais ce n’est pas systématique, rien ne dit qu’elle doit être la seule à le faire, et surtout, ce choix peut être parfaitement épanouissant, pour peu qu’il soit un choix. Faire ses propres choix, ne pas dépendre des horaires et du calendrier scolaire pour dicter son emploi du temps, être épanouies et se sentir légitimes, c’est plutôt empouvoirant.

Parce que l’école ne protège pas les femmes du sexisme. Ce sont elles qui s’occupent en très grande majorité des questions scolaires, de venir chercher les enfants à l’école (« l’heure des mamans »), des devoirs, des appels pour enfants malades, des réunions parents-prof… Pour ce qui est de l’école aussi, le sexisme est très présent, et l’ief peut être un moyen de ne pas s’y soumettre.

Sans compter que 84,8 % des enseignants du premier degrés sont des enseignantEs, jusqu’à 91,6 % dans le privé sous contrat. Le pourcentage diminue dans le secondaire, 58,6 % dans le public et 66 % dans le privé, mais les femmes restent majoritaires. Le message est clair pour les enfants et les jeunes : les femmes s’occupent des petits.

Les femmes, pour conclure, sont souvent invisibilisées dans les programmes scolaires. Dépassé Marie Curie, que ce soit en sciences, en histoire de l’art, en histoire, en littérature… la part belle est faite aux chercheurs, aux savants, aux hommes de lettre.

L’ief peut permettre de découvrir ce que les femmes ont apporté au monde, pour les enfants instruits et pour leurs parents, qui sont la plupart du temps d’ancien élèves de l’école de la république – en ief, tout le monde apprend.

Toujours sexiste l’ief ?

C’est bien joli, mais ce n’est pas généralisable, l’école c’est bien quand même !

Personne ne demande la généralisation de ce modèle (soyons serieux, il y aurait trop de monde avec nous à la piscine ! – Note des familles en ief).

Évidement ce n’est pas possible pour tout le monde de se passer d’une partie de ses revenus, ou au moins de tout réorganiser pour que ce soit possible. Bien sûr que tout le monde n’a pas à se sentir capable d’instruire ses enfants. Bien entendu que tout le monde n’a pas à avoir envie de le faire.

L’école c’est très bien. Elle apporte cohésion sociale, élévation du niveau de la population, socialisation, joie, camaraderie, vécu commun pour une génération, connaissances, compétences…

Mais l’école n’est pas la seule voie, ni le seul moyen d’arriver à ce résultat.

La seule demande des familles ief, c’est de pouvoir choisir librement. L’ief ne fait rien « de mal ». Personne n’en souffre – et si c’est le cas, les contrôles préviennent les éventuelles dérives, or les avis négatifs sont rares. Les familles ief ne touchent même pas la prime de rentrée scolaire (alors même quelles assument la totalité des coûts d’instruction par le fait).

Pas généralisable donc, mais possible pour tout le monde.


Covid oblige, le port du masque est obligatoire dés 6 ans !

Toujours pas. Il est obligatoire à l’école. Ça permet de protéger, au moins un peu, tout le monde : enfants, équipe éducative, familles… C’est donc indispensable si on tient à garantir l’ouverture des écoles.

Mais vous pouvez ne pas avoir envie de voir vos enfants porter un masque 6 à 8 heures par jour. Vous pouvez souhaiter qu’ils ne côtoient pas que des individus masqués la majorité de la journée. Vous pouvez trouver absurde, hors sol, culpabilisant (voire drôle à en pleurer) qu’on vous recommande que tout le monde porte le masque à la maison et de ne pas manger avec vos enfants.

Pour leur éviter tout ça, vous pouvez très bien choisir de les retirer de l’école. C’est un droit. N’importe qui, n’importe quand, peut l’exercer. Ils peuvent même retourner à l’école après.

Ce ne sera plus possible si ce droit se trouve abrogé à la rentrée 2021.

L’exemple de la Suède

En 2010, la Suède a rendu l’école obligatoire. La situation est aujourd’hui inextricable pour les familles, dans ce pays où le port du masque n’est pas obligatoire à l’école. Elles ont le choix entre : exposer les enfants et leurs familles ou risquer des poursuites.


Instruits en famille célèbres :

  • Pierre Curie et ses filles, Irène Joliot-Curie (elle aussi prix Nobel) et Ève Curie (pianiste, femme de lettre et épouse d’un prix Nobel, ça a l’air d’être un passage obligé dans la famille…)
Irène Joliot-Curie, qui a eu la chance de participer à une innovation pédagogique hors normes : une « coopérative d’apprentissage » où les enseignants n’étaient autre que sa mère et d’autres de ces prestigieux amis.
  • Thomas Édisson
  • Jean D’Ormesson
  • Luc Ferry
  • Margueritte de Yourcenar
  • Maud Fontenoy
  • Venus et Serena Williams
  • Agatha Christie


Je veux sauter le pas pour mes enfants, je fais comment ?

Il suffit, dans les 8 jours suivant la déscolarisation, de prévenir l’inspection académique et la mairie. L’école doit vous restituer tous les documents qui concernent votre enfant, et n’a le droit de ne rien retenir, ni exiger quoi que ce soit. C’est pas plus compliqué.

Pour plus de précisions, rendez-vous sur le site de l’UNIE : http://association-unie.fr/ , ou sur celui de LED’A : https://www.lesenfantsdabord.org/ , des associations de familles ief où vous trouverez les renseignements nécéssaires.

Mes enfants sont très bien à l’école merci, mais je vois le problème et j’ai envie de me mobiliser, je fais comment ?

Les collectifs appellent à contacter vos députés et sénateurs.

Une pétition, par ailleurs, a déjà recueilli plus de 100 000 signatures. Pour la signer c’est par ici : https://www.mesopinions.com/petition/enfants/maintien-droits-instruction-famille/107871

Pour aller plus loin :

Reportage sensible et représentatif de Jeanne Mercier. Court, efficace (et gratuit).

Documentaire inspirant, qui secoue, de Clara Bellar. Long, assez fou (et payant).

  • Vous aimez les chiffres ? Nous aussi. Pour avoir des données chiffrées sur l’ief, rendez vous ici :
    https://drive.google.com/file/d/12xL0XKLjHj0j6RwV1PlgJtJjwq-31piq/view?usp=sharing

4 thoughts on “Journal mural

      • Bonsoir excellente parution! merci pour votre travail. BRAVO et à la manif de dimanche à Lyon on va tenter de préparer ce qu’il faut pour le placarder partout….
        Je vous remercie et on ne lâche rien! Cécile

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