Entorse, rouille et quêtes chevaleresques

Commencer un blog et ne même pas l’alimenter régulièrement, c’est y pas scandaleux ça ma brave dame !

Quelques nouvelles de moi, donc

Je suis blessée. Je ne peux plus marcher. Entorse grave du genou, et ligaments croisés en mauvais état (on ne sait même pas vraiment dans quel état ils sont). Mauvaise chute de ski, descente en barquette depuis la noire la plus inaccessible de la station. Plutôt épuisant

* * *

Sinon, je suis aussi en reportage permanent depuis plusieurs semaines.

Chemin de rouille

Un travail autour des friches industrielles normandes, leurs anciens travailleurs, leurs familles. Quels souvenirs gardent-ils des mines, des usines, des cités ouvrières ?

Je vois votre sourcil levé, interrogateur. Parce que la Normandie ce n’est pas que des vaches, du camembert et du cidre, à l’ombre des pommiers ?! Je vous propose un petit jeu : marchez le nez par terre (attention quand même !). Vous ne devriez pas marcher beaucoup avant de trouver une plaque d’égout qui vient de Flers. Oui, la sidérurgie.

Plaque de fonte à l’IUT de Tours, rue du Pont-Volant. Le reportage photo, de gros déplacements ?

Ce n’était effectivement pas l’industrie la plus florissante des 20 dernières années. La Suisse Normande (on ne rit pas ! Je te vois toi là-bas imaginer les tyroliens… et je t’ai pas parlé des Alpes Mancelles), en plus des mines, a aussi fondé son industrie sur le textile et sur l’amiante.

Et pour relier tout ça : le chemin de fer. Rouge comme un système sanguin. Il s’est endormi en même temps que ces mines et usines.

C’est un reportage photo. Je prend ces ruines, en générale et en détail, leur rouille et leur abandon. Je rencontre les anciens travailleurs et/ou leur famille. On discute, je prend du thé, des petits gâteaux et des notes. Et ensuite, je les prends en photo sur le site, avec un souvenir. Une photo, un casque, un livre. Leur souvenir.

J’espère que ça va marcher.

* * *

Le 16 et 17 février dernier, je suis allée faire les premières photos.

Ici, je commencerai par vous dire que oui, les jeux vidéos et les jeux de rôle ont une utilité et même une grande importance dans la vie réelle [Et oui, il y a un rapport]. Dans ces jeux, ont apprends qu’une bonne quête ce commence TOUJOURS [toooouuujouuurs] dans une auberge (c’est à dire quand on est bien installé quelque part et qu’on peut prendre la température du terrain, se faire un réseau, donner des rendez-vous quelque part…). Et qu’elle se poursuit immanquablement à la bibliothèque, à la librairie, ou dans tout autre endroit où obtenir de la documentation papier, auprès de spécialistes. [Donc non ces jeux ne sont pas des usines à former les psychopates… et oui oui, vos enfants peuvent y jouer sans risques…]

Forte de ces enseignements inculqués par ma famille dès trois ans autour d’une table d’AD&D, je me suis donc rendue à la librairie, puis à l’office de tourisme.

Et pour remercier mes parents de m’avoir transmis l’art de la quête, je leur pique la voiture et je kidnappe ma mère pour un roadtrip repérage sur les sites miniers de Saint-Clair-de-Halouze [ça vend du rêve ça hein !]. J’étais bien contente qu’elle m’accompagne parce qu’en fait, ce n’est pas le site le plus gai de la Terre. Ce n’est pas un site figé dans le temps, où on imagine les mineurs qui travaillent dur, leur visage noir, et la lampe sur le front. En fait, malgré les efforts des associations, malgré l’impression de grandeur, de puissance, la nature reprend ses droits.

Nous avons exploré le Chevalement, les anciens fours de calcination, et ce qui reste de la gare de déchargement. Le tout sans nous perdre [c’est peut-être un détail pour vous, mais pour nous ça veut dire beaucoup].

Vous êtes ici (photo : A.Langlois)

C’est rouge, encore rouge, toujours rouge… Et puis c’est vide ! Une vraie solitude malsaine, dans le silence de la campagne en hiver. Comme dit ma mère :

« la campagne au début c’est bien, reposant, après c’est profond, et après, c’est chiant. »

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« C’est combien la densité de population à Paris ? ». Sur le champ en face du four de calcination, à Saint-Clair-de-Halouze.

Le lendemain : entretien avec un fils de travailleur de la mine, dont la mère travaillait dans une filature. Ça ne s’invente pas ! Une belle rencontre. Il avait invité un ami, qui fait partie d’une association de défense de ce patrimoine, parce que lui « il sait raconter ». J’ai vu les photos de la famille, les articles de journaux jaunis. J’ai essayé de comprendre le jargon de la mine, l’organisation. Puis séance photo.

Ensuite à nouveau repérage, à Caligny cette fois, pour une ancienne usine d’amiante. Pas moins défoncée, juste moins rouge. Une famille anglaise à acheté la maison en face, ils nous ont permis de monter chez eux pour faire des photos. Encore une rencontre innatendue.

Prochaine étape : 9 et 10 mars, sur une jambe.

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