Comment je me suis mise au vélo du quotidien

Tout à commencé à cause d’une chute. Une grosse. Presque à l’arrêt. Entre le tragique et le ridicule.

Avec le recul, je ne pouvais pas tourner à cet endroit là. Surtout pas à l’arrêt et avec ma non-condition physique. En fait j’ai bien tourné. Mais pas ma jambe gauche. Quand j’ai senti ce qui se passait, le craquement, je n’avais pas encore heurté le sol que j’avais déjà eu deux pensées « c’est une année de spectacle de danse, je ne peux pas me blesser ! » et « je ne m’en sortirai jamais à l’école c’est une catastrophe ! ». On s’était toujours demandé comment ils faisaient pour venir chercher les accidentés sur cette piste de ski (très difficile il faut bien l’admettre). On a eu la réponse, et en cadeau bonus j’ai eu un an de galère, à découvrir un autre monde (je ferais un article là-dessus).

Avançons un peu le film, et passons à la fin de la rééducation, mars 2014.

« Quel sport je peux pratiquer pour retrouver du muscle Monsieur le bourreau kiné ?
– De la piscine, mais surtout pas en brasse, et du vélo bien sûr ! »

Ok ! Alors j’ai pris mon salaire d’animatrice (#Richesse), je suis allée à Décathlon, et j’ai jeté mon dévolu sur un vélo tout simple et tout pas cher (et un maillot de bain neuf).

Me voilà donc de sortie sur du plat, à suer sang et eau (vous vous souvenez la non-condition physique ?) pour me refaire du muscle autour de Paupiette (c’est mon genou gauche). Ça faisait mal, mais c’était toujours moins horrible et violent que la kiné.

Avançons encore le film un peu…

« Même pas fichu de pleuvoir correctement, ma ville aux 100 clochers »

Il pleut, je le vois ce bus au bout de la rue. J’essaye de courir vite fait, mais avec Pixelle, 10 mois, dans l’écharpe de portage dans mon dos et le sac à langer, je sais que ça ne sert absolument à rien (quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi on ne renonce pas dans ces cas là ?!). Le chauffeur m’a vu. Et redémarre sans moi. Je tente de m’asseoir sur le banc en métal humide de l’arrêt pour attendre les dix minutes-Twisto (c’est un autre espace temps, vous pouvez pas comprendre). Au bout de 23 minutes donc, le bus arrive enfin ! Je fais signe ! Il me voit ! Il ne s’arrête pas ! Je jure que je ne prendrais plus jamais les transports en communs onéreux et inefficaces !

Bon, une fois sèche, et calmée (au bout de 3 semaines donc), j’ai l’air d’une idiote avec ma décision. Je vais faire comment au juste ? Je ne suis pas sportive (je pense que vous l’avez compris maintenant), j’ai un bébé qui ne marche pas, j’ai une vie sociale à mener… Mon petit vélo de rééducation me lance des « moi moi MOI » quand je m’aventure dans la cave sordide et inaccessible dans lequel il est stocké. Vraiment c’est impossible que je reprenne la voiture. On habite en zone piétonne, un stationnement plus proche est trop aléatoire et trop cher. C’est donc extrêmement convaincue que je vais acheter un siège vélo pour Pixelle.

Trouver ses trajets : le moment où tout a basculé

Les premiers trajets sont une catastrophe. Je ne sais pas si vous connaissez Caen, mais pour faire simple, CE N’EST PAS PLAT. Et comme je ne suis toujours pas sportive #RunningGag (running, haha, tu l’as ?) c’est un enfer. Surtout qu’une ou deux fois par semaine nous allons à Venoix, et qu’il faut passer par deux horribles côtes interminables et par un boulevard suicidaire. En plus il faut sortit l’engin de la cave (impossible avec un bébé dans les bras).

Et c’est à ce moment là que ça a basculé. Pour éviter tous ces points noirs, on cherche des solutions (Tzim sort le vélo en partant au travail le matin pour que je n’ai pas à le faire) des itinéraires cyclables (grâce à Géovélo – trouvé dans un article de journal – ou tout simplement Google Maps en mode vélo), on apprend à survivre en milieu hostile (non le chauffard qui klaxonne derrière moi, je ne serrerai pas à droite pour risquer de me prendre une portière ou que tu te sentes pousser des ailes et que tu me doubles en me frôlant, et tant pis si tu es lent à cause de moi, toi au moins tu es confortablement assis et au chaud dans ton gros SUV avec ta musique).

Bref, je ne dis pas qu’on s’habitue à l’effort – en tout cas ça n’a jamais été mon cas – mais on sait quel effort on doit fournir (il n’y a rien de pire que l’inconnu en la matière), et on trouve des façon de contourner les problèmes au maximum.

Au bout de quelques longues semaines, force est de constater que : c’est BEAUCOUP plus rapide (y compris qu’en voiture – et je ne suis toujours pas sportive), c’est beaucoup plus de liberté (coucou les horaires et les trajet de transports en commun conçus par des gens qui ne les prennent pas), c’est plus fiable.

Liste des avantages constatés du vélo (même pour quelqu’un de sédentaire)

Rapidité (plus encore que la voiture)
Fiabilité
Liberté
Économie (y compris par rapport aux transports en commun)
La possibilité du DiY pour les bricoleur (ce qui n’est PAS mon cas, je ne sais même pas poser une rustine, heureusement que Tzim est là !)

Convertir le dernier membre de la famille (à part le chat)

Mais la longue route vers  la boboïsation n’était pas encore terminée.

Quand Pixelle est née, le travail Tzim, mon cher et tendre, a déménagé pour aller loin, dans des bâtiments excentrés, moche, dont personne ne veut, et tout en haut de la ville. Seul moyen d’y accéder sans passer des heures dans les bouchons : un tram obsolète (non mais vraiment, un jour il y en a un qui a PERDU SON MOTEUR SUR LA VOIE) et en sursis. C’était tout pourri.

Il avait bien à sa disposition un vélo – antique vestige d’une adolescence rurbaine en zone pavillonnaire – mais soyons sérieux…

C’est là qu’intervient la possibilité de louer des vélos à assistance électrique (VAE) à La Maison du vélo – que nous avions découvert en faisant réparer la roue de mon monocycle l’année précédente (oui oui vous êtes toujours sur un article très sérieux et réaliste de Sous la cerise). Alors il essaye. Alors c’est trop bien. Alors on casse le PEL… On en achète un.

Vous vous souvenez qu’on a un bébé à l’époque. Et bien toute seule avec un bébé, il n’y a rien de plus énervant de voir passer l’heure à laquelle est supposée rentrer l’autre dépositaire de la responsabilité parentale, et d’être toujours seule (encore plus quand iel rentre enfin et que son premier mouvement est d’aller aux toilettes avec son smartphone #LaPeineDeMort). Grâce au vélo, plus d’aléatoire. S’il rentrait en retard, on pouvait s’engueuler parce que c’était SA faute, c’était parfait ^^ ! (Sous la cerise, partenaire de votre paix familiale)

Un imprévu avec Pixelle : pas grave, il n’y avait pas d’horaire de transports à respecter. Une petite course à faire : avec le VAE, il pouvait aller partout sans trop d’effort.

Une fois acquis l’équipement nécessaire pour parer à toutes éventualités acheté, c’était tout bon !

Équipement indispensable pour être un cyclise du quotidien

Des gants (encore plus important qu’un casque)
Des lumières vraiment efficaces
Des sacoches ou un panier
Des vêtements de pluie, y compris pour le bas, ridicule mais vraiment pratique

Pour la pratique plus étendue, le niveau 2 de la transition (« Je suis niveau 2 ! »)

Une remorque (contient courses, bagages, draisienne, autre vélo pliant pour la personne que tu vas chercher à la gare…)

Quand on est un horrible bobo décroissant, imaginer qu’un objet puisse changer ta vie est très discutable. Mais vraiment, je peux dire qu’il y a 3 objets qui ont changé ma vie depuis 2013 : la cup, l’écharpe de portage et nos vélos (encore plus nos VAE).

Et ensuite

Quand nous avons cherché une ruine une maison, un de nos premiers critères était donc « est-ce accessible en vélo » ? Nous qui sommes des citadins incorrigibles (j’aime la nature, elle n’a pas mérité que je tue des plantes même dans un jardinet), nous cherchions en centre ville. « Centre ville » qui devient beaucoup plus étendu quand on est en vélo : tout est plus proche, plus accessible.

Nous avons fini par trouver la ruine de nos rêves. Vraiment. Elle a tout ce qu’on n’osait même pas formuler, à savoir entre autre : un endroit ou stocker nos vélos. Et quand je dis stocker, c’est carrément dans l’entrée de notre maison. Tu poses ton vélo et tu mets des chaussons.

Le petit plus comique : la tronche des employés du Drive quand tu viens acheter ton PQ avec ton vélo et ta remorque.

Nous faisons littéralement tout en vélo aujourd’hui. Nos courses, nos trajets pour le travail / les loisirs, nos virées aux activités de notre descendance – qui va d’ailleurs bientôt s’étendre.

C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons fait un dernier gros investissement cycliste (parce qu’on fini par être convaincu qu’il y a toujours une solution qui nous convienne à nous, quitte à chercher pendant des heures), un peu le niveau 3 de notre conversion : un triporteur assisté (on a trouvé la perle rare à l’étranger, à 1800€ FdPC au lieu de 3000 minimum – bande de malades, c’est un VÉLO !) Grâce à cette petite roulotte, je fais même plus de vélo enceinte qu’avant, et j’ai beaucoup augmenté mon rayon de déplacement. J’en suis à plus de 100 km par mois environ.

Mon conseil pour ceux qui veulent se mettre au vélo du quotidien :
Ne pas tout faire d’un coup. Il faut accepter que le « processus » soit progressif, et qu’il corresponde au mode vie qu’on souhaite. Si on est extrême, voire extrémiste, au bout de deux semaines, on fini par se dégoutter ou par basculer dans le syndrome de Stockholm. Essayez, tâtonnez, prenez des conseils, ne les suivez pas, louez des engins étranges… bref, il n’y a pas le feu au flaques !

Voici comment nous sommes devenu des cyclistes du quotidien. Ce n’est pas « une passion » à proprement parlé : même si ça arrive (une fois l’an), nous ne faisons pas de vélo en voie verte tous les dimanches, nous ne partons pas en vacances en vélo (même si nous avons déjà réfléchi à la possibilité dans louer sur place pour conserver les avantages qu’on a le reste du temps)… C’est juste notre moyen de transport.

 

3 thoughts on “Comment je me suis mise au vélo du quotidien

  1. Votre récit est complètement convaincant, rigolo, réaliste, bien écrit. Je vous le piquerais bien pour une prochaine lettre trimestrielle de notre association, Dérailleurs : nous y mettons parfois des témoignages de personnes qui adoptent le vélo au quotidien. L’enthousiasme lié à la liberté d’aller et venir est souvent tempéré par la réelle difficulté à cohabiter avec les automobilistes pressés et inconscients de notre vulnérabilité et vous décrivez très bien les sentiments du cycliste. Et, en plus, vous êtes une femme, jeune, avec enfant…autant dire, quelqu’un que chacun considérera comme celle qui ne peut pas se mettre au vélo.

    • Oh c’est très gentil, merci beaucoup ! J’avance masquée, mais en réalité je suis journaliste jeunesse, en théorie écrire est mon métier 😉
      Bon mon orthographe est toujours une catastrophe hein, il faut corriger avant d’imprimer, vos lecteurs (dont nous) n’ont pas mérité un tel traitement.
      Effectivement je n’étais pas le public cible du vélo au départ, c’est sûr, et à l’arrivée c’est pire :p

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